Suite au jugement de la Cour d’appel du Québec dans la cause de l’ex-avocat Luc Dumont, La Maison ISA – CALACS (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) tient à appuyer la mère de Nadia Caron, Mme Francine Lebel plus particulièrement lorsqu’elle rappelle l’importance de ne pas juger les personnes vivant de la prostitution et qu’elle invite la population à dénoncer l’exploitation sexuelle.
La Maison ISA, ainsi que plusieurs autres CALACS à travers le Québec luttent contre toutes formes de violence faites aux femmes depuis plusieurs années. En ce sens, notre organisme estime que l’exploitation sexuelle du corps des femmes, dont la prostitution fait partie, est une institution historique de l’oppression des femmes où il y a échange d’argent ou de biens contre un service sexuel. Elle est une forme de violence, car elle porte atteinte à l’intégrité corporelle des individus et à leur droit à l’égalité. Par exploitation sexuelle du corps des femmes nous entendons autant la pornographie que les danses érotiques et la traite des êtres humains
Nous estimons que la prostitution est généralement une conséquence, entre autres, de la pauvreté et des inégalités sociales. Par exemple, la difficulté d’accès à la scolarisation qui mène à des emplois peu rémunérés ou encore, la difficulté qu’ont plusieurs personnes à subvenir aux besoins d’enfants à charge.
Saviez-vous que :
L’entrée dans la prostitution se fait souvent avant l’âge de 18 ans.
Plus de 80% des personnes recrutées dans la prostitution sont mineures. À titre d’exemple, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution au Canada est de 14 ans. Cette moyenne est en deçà de 16 ans, l’âge prévu par la loi qui détermine qu’un jeune peut consentir à avoir un rapport sexuel. Selon cette même loi, un mineur ne peut d’ailleurs consentir à toute situation d’exploitation sexuelle.
La majorité des personnes prostituées sont des femmes.
De façon générale, au Canada les femmes représentent de 70 % à 80 % des personnes qui se prostituent. Parallèlement, nous savons que près de 2/3 des quelques 148 000 emplois au salaire minimum sont occupés par des femmes.
La prostitution ne se pratique pas sans risques pour la santé et l’intégrité.
Selon une étude internationale auprès de 475 personnes prostituées dans 5 pays différents visant à étudier les besoins des femmes prostituées : 92% ont dit souhaiter quitter la prostitution et cette possibilité était mentionnée avant toutes autres alternatives; 81% d’entre elles ont été menacées; 73% ont été physiquement agressées; 68% avait été attaquées par une arme et finalement, 62% d’entre elles ont affirmé avoir été violées depuis qu’elles font de la prostitution.
Nous sommes d’avis que la décriminalisation des actes reliés à la prostitution permettrait aux femmes de ne plus être punies par la loi. De telles accusations ne sont-elles pas une conséquence qui s’ajoute à celles déjà causées par l’exploitation sexuelle du corps des femmes? D’un même souffle, nous croyons qu’adopter le modèle de la Suède, visant à criminaliser l’achat de service sexuel, ainsi que tous les actes reliés au proxénétisme seraient en accord avec le principe d’égalité entre les hommes et les femmes.
En comparant, le modèle de légalisation de la prostitution mis en place par les Pays-Bas et celui de la Suède nous sommes à même de constater que la Suède a connu une nette diminution de la violence faite aux femmes alors qu’au Pays-Bas, il y a eu une augmentation de celle-ci en plus d’une augmentation de la traite des femmes et des enfants.
Pour terminer, tel que mentionné par Mme Lebel, une attitude de non-jugement face aux femmes qui vivent de la prostitution est effectivement à favoriser, nous sommes pour l’amélioration des conditions de vie de ces femmes et surtout contre toutes formes de violence à leur égard.
Émilie Fortin – Intervenante pour la Maison ISA – CALACS
(Centre d’Aide et de Lutte Contre les Agressions à Caractère Sexuel)